Au collège, les difficultés d’attention des filles TDAH deviennent plus visibles
Oublis, rêverie, activités calmes valorisées : chez les filles, les signes masquent le trouble, mais la pédopsychiatre voit d’autres causes au retard.
En bref
- Le TDAH des filles prend souvent la forme d’oublis, de maladresses et d’inattention plutôt que d’agitation visible.
- Pense-bêtes et relectures répétées aident à compenser, mais fatiguent et peuvent nourrir l’anxiété.
- L’entrée au collège met souvent à nu des difficultés jusque-là contenues.
- La prise en charge est adaptée à chaque enfant : médicaments, guidance parentale, aménagements scolaires, parfois TCC.
Le TDAH des filles est repéré plus tard parce qu’il ressemble rarement à l’image que l’on s’en fait : peu d’agitation visible, davantage d’inattention et d’agitation intérieure. Mais, selon la Dr Lucie Jurek, pédopsychiatre aux Hospices Civils de Lyon, interrogée par Parents, la discrétion des symptômes n’est pas l’unique explication du retard.
Un trouble mieux repéré, mais encore sous-diagnostiqué chez les filles
Ce trouble du neurodéveloppement est mieux identifié qu’avant. Pourtant, les filles restent moins souvent diagnostiquées que les garçons. Le spectre de l’hyperactivité motrice et de l’impulsivité, très présent chez les garçons, oriente le regard des adultes ailleurs.
Quand le TDAH ne fait pas de bruit
Chez les filles, la pédopsychiatre décrit un tableau plus discret : « Le tableau clinique est souvent plus discret : il se caractérise par des oublis, des petites maladresses ou une inattention. » Un profil de ce type passe plus facilement inaperçu qu’un enfant hyperactif en classe ou à la maison.
L’hyperactivité existe aussi, mais elle est souvent « internalisée » : pensées envahissantes, besoin d’être toujours en action, agitation intérieure difficile à percevoir de l’extérieur. Une fille peut dessiner, lire, peindre ou faire du vélo sans s’arrêter. La spécialiste explique : « Cette forme d’hyperactivité passe souvent inaperçue, car ces activités sont souvent calmes et valorisées. » Elles masquent pourtant une difficulté à se poser et à ralentir.

Les attentes sociales jouent aussi. Un garçon agité inquiète, alors qu’une fille rêveuse est volontiers vue comme « dans la lune », calme ou appliquée. Cette perception peut minimiser ses difficultés et retarder l’identification du trouble.
Compenser, s’épuiser, s’inquiéter
Pour tenir le cap, beaucoup de filles vérifient plusieurs fois leur cartable, relisent leurs devoirs ou multiplient les pense-bêtes. Ces stratégies aident, mais elles génèrent fatigue et stress. Cette adaptation constante peut favoriser l’anxiété, qui brouille à son tour le tableau et retarde le diagnostic.
En primaire, un cadre structurant (une seule classe, un seul instituteur, moins d’élèves) permet à certaines de garder un bon niveau. L’arrivée au collège change la donne : avec plusieurs enseignants et de nouvelles matières, les exigences d’organisation augmentent, et les difficultés d’attention, de gestion du temps ou de planification peuvent s’accentuer au point de peser sur la scolarité.
La Dr Jurek résume la suite : « Malgré ses efforts, une jeune fille ne parvient pas toujours à obtenir les résultats escomptés. » Le désengagement scolaire et la perte de confiance en soi peuvent alors contribuer à l’anxiété ou à des symptômes dépressifs.
Prise en charge et recommandations en cours
Une fois le diagnostic posé, la prise en charge s’ajuste aux symptômes et aux besoins de chaque patient :
- traitement médicamenteux, guidance parentale et mesures comportementales à la maison, selon la situation ;
- pour les profils surtout inattentifs, des aménagements scolaires et, éventuellement, un soutien dans certaines matières ;
- en cas d’anxiété associée, une prise en charge dédiée : la thérapie cognitivo-comportementale est principalement recommandée pour l’anxiété et peut aussi présenter un intérêt dans le TDAH, selon la Dr Jurek.
Lorsque les symptômes sont plus globaux, c’est le traitement médicamenteux qui sera prioritaire, précise la pédopsychiatre.
Elle note enfin que le sujet est davantage discuté : « On en parle davantage aujourd’hui, ce qui permet une meilleure prise en compte des jeunes femmes concernées. » Lancé en 2020, le groupe de travail européen ADHD Women Project vise à proposer des recommandations adaptées au diagnostic et à la prise en charge des femmes.
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